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Le diagnostic en santé mentale : quels enjeux ? 


À l'heure où les réseaux sociaux regorgent de contenus sur le TDAH, l'autisme, la bipolarité ou encore les troubles de la personnalité, la question du diagnostic en santé mentale est devenue centrale. Nombreuses sont les personnes qui s'interrogent sur leurs difficultés psychiques et cherchent à mettre un nom sur ce qu'elles vivent.
Mais qu'est-ce qu'un diagnostic ? À quoi sert-il ? Et quelles sont ses limites ?

Qui peut établir un diagnostic ? 

Avant toute chose, il est important de rappeler qu'un diagnostic en santé mentale ne peut être posé ni par un test trouvé sur internet, ni par une vidéo TikTok, ni par l'auto-observation seule. Les questionnaires en ligne peuvent parfois constituer un point de départ pour une réflexion ou encourager une personne à consulter, mais ils ne permettent en aucun cas d'établir un diagnostic. 
En France, le diagnostic médical relève du médecin, et plus particulièrement du psychiatre lorsqu'il s'agit de troubles psychiques. Le psychologue, quant à lui, peut repérer certains signes cliniques, formuler des hypothèses diagnostiques et orienter vers un médecin lorsque cela paraît nécessaire, mais il ne pose pas de diagnostic médical. 
Cette distinction est importante car un diagnostic ne se résume pas à une liste de symptômes. Il nécessite une évaluation approfondie, prenant en compte l'histoire du sujet, son fonctionnement psychique, son environnement et l'évolution de ses difficultés dans le temps. 

À quoi sert un diagnostic ? 

Lorsqu'il est posé avec rigueur et dans un cadre adapté, le diagnostic peut avoir plusieurs fonctions importantes. 
Il permet tout d'abord de mieux comprendre sa symptomatologie. Mettre un nom sur ce qui est vécu peut aider à donner du sens à une certaine souffrance. Le diagnostic peut également limiter les errances médicales. Certaines personnes consultent pendant des années sans parvenir à comprendre l'origine de leurs difficultés. L'identification d'un trouble peut alors orienter vers des prises en charge plus adaptées. Pour beaucoup, recevoir un diagnostic représente aussi une forme de reconnaissance. Il permet de légitimer une souffrance qui a parfois été minimisée ou incomprise par l'entourage. 
Dans certains cas, il ouvre également la possibilité d'un traitement médicamenteux ou d'aménagements spécifiques lorsque ceux-ci sont indiqués.

 

Ce à quoi un diagnostic ne sert pas 

Si le diagnostic peut être utile, il possède également ses limites. 
L'annonce d'un diagnostic peut constituer un moment marquant dans une vie. Pour certaines personnes, il s'agit d'un soulagement : enfin, quelque chose vient expliquer ce qui semblait jusque-là incompréhensible. Pour d'autres, cette annonce peut être vécue comme un choc, voire comme l'effondrement de certaines représentations de soi. 

Plusieurs auteurs contemporains, dont le psychiatre Allen Frances, soulignent l'importance de ne pas confondre la personne avec la catégorie diagnostique qui lui est attribuée. Autrement dit, vous n'êtes jamais un diagnostic. Vous êtes avant tout une personne singulière, avec une histoire, des désirs, des conflits, des ressources, des relations et une manière unique d'habiter le monde. Le risque apparaît lorsque la personne s’identifie entièrement à son diagnostic. Cette tendance est aujourd'hui renforcée par certains contenus présents sur les réseaux sociaux, qui peuvent parfois simplifier à l'extrême ou romantiser certains troubles psychiques. Le diagnostic devient alors une identité plutôt qu'un outil de compréhension. 


Comment l'annonce d'un diagnostic peut-elle faire évoluer la thérapie ? 

L'annonce d'un diagnostic modifie souvent la dynamique thérapeutique. Dans certains cas, elle agit comme un véritable tremplin. La personne comprend mieux ce qu'elle traverse, se sent moins seule et peut développer de nouvelles stratégies pour faire face à ses difficultés. 
Dans d'autres situations, le diagnostic peut constituer un obstacle. Certaines personnes peuvent se sentir enfermées dans une catégorie ou développer l'impression que leur avenir est désormais déterminé par une étiquette. C'est pourquoi l'annonce d'un diagnostic ne devrait jamais être faite à la légère. Lorsqu'un patient exprime le souhait d'obtenir un diagnostic, le professionnel cherchera généralement à comprendre ce qui motive cette demande. Que représente ce diagnostic pour lui ? Qu'espère-t-il y trouver ? Une explication ? Une reconnaissance ? Une appartenance ? Un soulagement ? Ces questions sont souvent aussi importantes que le diagnostic lui-même.  

 
En conclusion 

Le diagnostic peut être un outil précieux. Il permet parfois de mieux comprendre ses symptômes, de mettre des mots sur une souffrance, d'orienter une prise en charge ou encore de rompre avec un sentiment d'isolement. 
Cependant, il ne saurait résumer la complexité d'un sujet. 
À une époque où les catégories diagnostiques occupent une place croissante dans les discours sur la santé mentale, il peut être tentant de faire du diagnostic une réponse à la question : « Qui suis-je ? ». Pourtant, d'un point de vue psychanalytique, cette question ne trouve jamais de réponse définitive. 
Nous nous construisons à travers notre histoire, nos rencontres, nos identifications et le regard des autres. En effet, comme l'a montré Jacques Lacan, notre identité se construit toujours en partie dans le rapport à l'autre et à son regard. Une part de nous demeure toujours insaisissable, y compris pour nous-mêmes. 
C'est peut-être là que réside l'un des enjeux du diagnostic. Pour certains, il peut venir apaiser l'angoisse liée à cette incertitude fondamentale. Là où il y avait du flou, du doute ou de l'incompréhensible, apparaît une catégorie qui semble offrir une définition stable de soi. Mais le risque est alors que le diagnostic cesse d'être un outil de compréhension pour devenir une identité. Qu'il vienne refermer trop rapidement une question qui devrait rester ouverte. Car vous n'êtes pas votre diagnostic. 
Deux personnes partageant le même trouble n'auront jamais la même histoire, les mêmes désirs, les mêmes conflits ni la même manière d'habiter le monde. Il existe toujours quelque chose de singulier qui échappe aux classifications. 
Peut-être que la question la plus importante n'est donc pas : « Quel est mon diagnostic ? », mais plutôt : « Que signifie-t-il dans mon histoire ? » Le diagnostic peut éclairer une part de ce que nous vivons. Il ne dit jamais tout de ce que nous sommes. 
 

Ecrit par Katell Hiard, psychologue clinicienne. 



Parler à un ami ou à un psychologue : ce n'est pas la même conversation


« J'ai des amis à qui me confier, alors pourquoi irais-je voir un psychologue ? »

La question est légitime. Après tout, chacun a besoin d'être écouté, soutenu, compris. Et les liens d'amitié peuvent offrir cela avec une générosité et une chaleur irremplaçables. Pourtant, parler à un ami ne revient pas à parler à un psychologue. Non parce que l'un serait supérieur à l'autre, mais parce que ces deux relations n'obéissent pas à la même logique.

Une présence sans attente, bienveillante

Un ami nous aime, nous connaît, espère parfois certaines choses pour nous. Il est inévitablement engagé dans notre existence. Son regard est traversé par son affection, ses inquiétudes, ses convictions. Le psychologue, lui, occupe une place particulière. Il ne cherche pas à nous orienter vers ce qu'il souhaiterait pour nous. Il ne défend aucun intérêt personnel dans les choix que nous faisons.

Cette position, souvent appelée neutralité bienveillante, ne signifie ni froideur ni distance. Elle désigne plutôt une manière d'être présent sans imposer son propre désir. Le psychologue écoute, accueille, accompagne, mais laisse au patient la liberté de découvrir son propre chemin. Le psychologue se garde de dire au sujet qui il est, ce qu'il doit faire ou quelle est la vérité de son problème. Il crée plutôt les conditions pour que quelque chose du savoir inconscient du patient puisse émerger.

Dans un monde où chacun a un avis à donner, cette absence d'attente constitue parfois une expérience profondément nouvelle.

Une présence constante dans le temps.

L'amitié est soumise aux aléas de la vie. Les emplois du temps changent, les disponibilités fluctuent, les préoccupations se déplacent.

Le psychologue, lui, tient une place stable. Il honore les rendez-vous. Il maintient un cadre. Il est là semaine après semaine, parfois pendant des mois, parfois pendant des années. Cette régularité n'est pas un détail technique ; elle constitue l'un des fondements du travail thérapeutique.

Dans la perspective analytique notamment, le patient traverse souvent des mouvements relationnels complexes, ce que l'on appelle le transfert. Des attentes, des peurs, des déceptions, des espoirs peuvent se rejouer dans la relation thérapeutique. Pour que ce travail puisse avoir lieu, il faut une présence suffisamment constante pour en soutenir le déploiement. Le psychologue tient le cap aux côtés du patient, même lorsque celui-ci traverse des périodes de doute, de colère ou de découragement.

Une écoute qui ne se recentre jamais sur elle-même.

Dans une conversation ordinaire, la parole circule. Chacun raconte ses expériences, partage ses opinions, évoque ses souvenirs. C'est ainsi que se construit le lien. La thérapie repose sur une autre dynamique. Le psychologue écoute, questionne, interprète parfois, répond lorsque cela est utile. Mais il ne vient pas occuper l'espace avec sa propre histoire. Il ne raconte pas ses difficultés pour montrer qu'il comprend. Il ne rivalise pas d'anecdotes. Il ne cherche pas à être intéressant. En clair, il accepte de ne pas occuper le devant de la scène. Sa parole a pour fonction de soutenir celle du patient, non de la remplacer.  Le psychologue travaille à partir de ce que le patient apporte : ses mots, ses hésitations, ses associations, ses silences parfois. 

C'est une présence active, mais une présence qui ne cherche pas à prendre la place du sujet dans l'élaboration de son existence.

Cette singularité offre une liberté rare : celle de pouvoir parler sans avoir à se justifier ni à défendre sa version des faits. Pour une fois, la personne n'a pas à partager le devant de la scène. Elle peut explorer son monde intérieur sans avoir à prendre soin de l'autre, sans avoir à le rassurer, sans avoir à lui rendre la pareille.

Une compétence qui s'appuie sur une formation et une éthique

Bien sûr, le psychologue est formé à l'écoute et à la compréhension du fonctionnement psychique. Il possède des connaissances théoriques et une expérience clinique.

Mais sa valeur ne réside pas uniquement dans ce qu'il sait. Elle réside aussi dans sa capacité à soutenir une posture : respecter la confidentialité, maintenir le cadre, accueillir sans juger, supporter l'incertitude, accompagner sans prendre le pouvoir sur la vie de l'autre. Autrement dit, ce n'est pas seulement un professionnel qui écoute. C'est un professionnel qui met son écoute au service d'un travail psychique.

L'ami et le psychologue en résumé:

Il ne s'agit pas de choisir entre ses amis et son psychologue. Les amis nous accompagnent dans la vie. Ils partagent nos joies, nos peines, nos souvenirs. Ils sont des compagnons de route. Le psychologue offre autre chose : un espace où la parole peut se déployer sans enjeu de réciprocité, sans attente particulière, dans un cadre stable et protégé. 

L'amitié nous relie au monde. La thérapie nous aide parfois à mieux nous relier à nous-mêmes. Et il arrive que ce détour par soi permettra ensuite de rencontrer les autres d'une manière plus libre, plus consciente et plus apaisée.

Car si l'amitié et la thérapie ont en commun la parole, elles n'en font pas le même usage. Et c'est en cela, je l'espère, qu'après cette lecture, vous ne considérez plus la rencontre avec un psychologue comme une simple conversation que l'on pourrait avoir avec un ami.


Ecrit par Katell Hiard Psychologue clinicienne


Stress, anxiété et angoisse : mieux les reconnaître, mieux les comprendre.


Stress, anxiété, angoisse : ces mots font partie de notre vocabulaire quotidien et sont souvent employés de manière interchangeable. Pourtant, ils désignent des états psychologiques distincts, qui n’ont ni les mêmes origines ni les mêmes manifestations.

Dans une époque où se multiplient les discours de performance personnelle et de contrôle émotionnel, une question revient souvent : faut-il chercher à supprimer totalement ces états ? Les promesses de sérénité permanente, de “zéro stress” ou de bonheur maîtrisé laissent entendre qu’il serait possible et souhaitable de s’en débarrasser. Mais cette idée est-elle vraiment pertinente ? Peut-on, ou même doit-on, vivre sans stress, sans anxiété, sans aucune forme d’angoisse ? Comprendre leurs différences permet justement de dépasser cette logique de lutte contre soi-même. Il s’agit moins de les éliminer que de mieux identifier ce que l’on ressent, afin d’adopter des réponses plus ajustées lorsque ces émotions prennent de la place dans notre vie psychique.


Le stress : un mécanisme d'adaptation indispensable


Le stress est avant tout une réponse naturelle de l'organisme face à une situation perçue comme exigeante ou menaçante. Il mobilise nos ressources physiques, cognitives et émotionnelles afin de nous permettre de nous adapter rapidement à notre environnement. Contrairement à l'image négative qui lui est souvent associée, le stress remplit une fonction essentielle. À dose modérée, il stimule la concentration, améliore les performances, favorise la prise de décision et aide à relever des défis. C'est lui qui nous pousse à réviser avant un examen, à nous préparer pour un entretien ou à réagir rapidement face à un imprévu. En ce sens, le stress est un véritable moteur. Il soutient notre capacité d'adaptation et nous aide à faire face aux exigences du quotidien.

Mais comme toute réaction biologique, lorsqu'il devient excessif ou s'installe dans la durée, le stress peut représenter un risque pour la santé. Lorsque les situations stressantes se répètent jour après jour et s'accumulent sans période suffisante de récupération, on parle alors de stress chronique. Le stress chronique apparaît dans des contextes de tension persistante : pression professionnelle, difficultés financières, précarité, conflits relationnels ou encore responsabilités familiales importantes. Les mécanismes d'adaptation de l'organisme sont alors sollicités en permanence, maintenant le corps dans un état d'alerte prolongé. À terme, cette mobilisation continue peut entraîner de la fatigue, des troubles du sommeil, de l'irritabilité, des difficultés de concentration ou encore des tensions musculaires.

Ce qui était initialement une réaction protectrice destinée à nous aider à faire face aux défis peut alors finir par fragiliser notre équilibre physique et psychologique.


Que nous dit l’angoisse ?


Pour comprendre l’anxiété, il est utile de s’arrêter un instant sur l’angoisse.

Dans le langage courant, ces termes sont souvent confondus. Pourtant, ils renvoient à des expériences différentes. Alors que le stress apparaît généralement en réponse à une situation identifiable, externe, l’angoisse se manifeste parfois sans cause évidente. L’angoisse a cette particularité: elle est là, intense dans le corps, mais difficile à expliquer avec des mots.


Nous avons souvent tendance à la considérer comme un ennemi à combattre mais pour Jacques Lacan, l’angoisse n’est ni une maladie ni une émotion à supprimer. C’est un affect profondément humain qui surgit souvent lorsque quelque chose d’important se joue pour nous, même si nous ne savons pas encore précisément quoi. Lacan y voit un indice précieux. L’angoisse surgirait là où notre désir est concerné, là où quelque chose de vivant cherche à se dire. 

Là où le stress prépare l’organisme à faire face à une menace concrète, l’angoisse nous confronte davantage à nos questionnements intérieurs, à nos désirs, à nos incertitudes ou à nos conflits. C’est pourquoi il ne s’agit pas toujours de la faire taire, mais plutôt de chercher à comprendre ce qu’elle tente d’exprimer.

Vue sous cet angle, l’angoisse n’est plus seulement une souffrance. Elle devient aussi une boussole. Inconfortable, parfois envahissante, mais capable de nous indiquer qu’un point sensible de notre existence demande à être entendu.


L’anxiété : l’anticipation permanente du danger


L’anxiété obéit à une logique différente. Elle ne dépend pas nécessairement d’un danger réel ou immédiat, mais repose davantage sur une anticipation constante d’une menace possible. La personne anxieuse vit souvent avec un niveau de vigilance particulièrement élevé. Son environnement peut être ressenti comme imprévisible ou insuffisamment sécurisant, même lorsque rien d’objectif ne justifie cet état d’alerte. Dans cette perspective, l’anxiété peut être comprise comme une tentative de protection qui, à un moment de l’histoire du sujet, a pu avoir une réelle utilité. Face à un environnement instable ou perçu comme menaçant, développer une vigilance accrue peut en effet constituer une stratégie efficace de survie psychique.

La souffrance apparaît lorsque ce mode de fonctionnement se maintient alors que le contexte a changé. Le système d’alarme continue de fonctionner comme si le danger était toujours présent. Cette hypervigilance devient alors coûteuse et peut progressivement restreindre la spontanéité, la créativité et la capacité à habiter pleinement le présent. Le sujet se retrouve dans un état où le danger est sans cesse anticipé, même en l’absence de menace réelle.

Face à l’anxiété, le psychisme met en place des stratégies d’adaptation et de protection. L’objectif n’est généralement pas de supprimer tous les mécanismes de défense, car ils jouent un rôle essentiel de régulation. La question est plutôt de savoir s’ils permettent de mieux s’ajuster à la réalité ou s’ils contribuent, à long terme, à entretenir la souffrance en empêchant de comprendre ce qui génère l’anxiété. Ainsi, certaines personnes développent des stratégies variées : l’évitement des situations anxiogènes, le besoin de contrôle (rituels, vérifications, intellectualisation), ou encore la suradaptation (anticiper constamment les attentes des autres, contrôler ses émotions, éviter les conflits ou les erreurs). Si ces stratégies peuvent apporter un soulagement immédiat, elles risquent aussi de maintenir l’anxiété dans la durée, en éloignant progressivement la personne de ses besoins réels, de ses limites et de ses ressentis.

Du point de vue neurobiologique, l’anxiété ne dépend pas d’une seule zone du cerveau, mais d’un réseau impliqué dans la détection et la régulation des menaces. L’Amygdale cérébrale joue un rôle central en activant l’alerte face à un danger, réel ou supposé. Le Cortex préfrontal permet de prendre du recul et d’évaluer la situation de façon plus rationnelle et l’Hippocampe aide à replacer les événements dans leur contexte. Enfin, l’Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien participe à la réponse corporelle en libérant des hormones comme le cortisol. L’anxiété apparaît lorsque ce système d’alerte est trop sollicité ou insuffisamment régulé, entraînant un état de vigilance prolongé.


Comprendre plutôt que combattre


Au fil de ces distinctions, stress, angoisse et anxiété apparaissent moins comme des états à opposer que comme différentes façons pour le psychisme et le corps de répondre à ce qui est perçu comme une menace. Le stress mobilise l’organisme face à une situation concrète et identifiable, tandis que l’angoisse renvoie davantage à une expérience plus diffuse, parfois sans objet clair, qui touche au vécu intérieur et à ce qui fait sens pour la personne. L’anxiété, elle, s’inscrit dans la durée : elle maintient un état d’anticipation et de vigilance, comme si le danger pouvait survenir à tout moment, même en l’absence de menace réelle. Dans cette perspective, ces manifestations ne sont pas uniquement des dysfonctionnements à éliminer, mais aussi des formes d’adaptation qui ont pu, à un moment, jouer un rôle protecteur. Les comprendre permet de sortir d’une logique de lutte systématique contre soi-même, et d’ouvrir un espace où il devient possible d’ajuster ses réponses plutôt que de les subir.

Ainsi, l’enjeu n’est pas tant de ne plus ressentir de stress, d’angoisse ou d’anxiété, que d’apprendre à mieux les reconnaître, à en saisir la fonction, et à retrouver progressivement une manière plus souple et plus apaisée d’être en relation avec eux… et avec soi-même.

Ecrit par Katell Hiard psychologue clinicienne